lundi 2 juillet 2007

Matin jazz

Assis dos sur un arbre, il joue de sa clarinette basse. C’est sur un rythme éthéré et flottant qu’il joue la Naima de John Coltrane, qu’il regarde le soleil se lever doucement. Les rayons de lumière caressent son visage, caressent la ville, disent bonjour. Il répond à cette salutation par un mi bémol en fin de mélodie ; un mi bémol bien bluesy, chargé de feeling, lourd d’expressivité. Il le tient pendant quelques secondes encore, respecte le point d’orgue, puis tait sa note, laissant mourir au bout de son souffle le son au gré de la brise. Il écarte l’embouchure de son instrument. Un petit sourire de satisfaction se dessine à la commissure de ses lèvres.

Il l’a bien jouée. Pas parfaitement, mais bien.

C’est ainsi qu’il aime commencer ses journées. Où plutôt, qu’il préfère vivre ses levers de soleil, car cette journée s’achève en réalité. Il a joué toute la nuit dans un jam session au Centre-ville, dans une boite un peu miteuse. Environ quatre heures de trippes crachées, d’entrailles exposées, d’exhibitionnisme de l’âme; un canevas sonore bigarré de post-bop, d’avant-garde, de free jazz; une nuit de couinements de clarinette, de montées sulfureuses, de silences obsédants. C’était du costaud ce set. De l’hermétique, pour amateurs avertis seulement. Ça frôlait parfois l’obscénité.

Après tant de bruit, il préfère toujours respirer un peu en tâtant du standard, un peu de be-bop ou de swing. Rien de trop lourd pour l’esprit et les oreilles : c’est meilleur pour le karma.

Le matin, il ne faut jamais rien jouer de trop lourd, de crainte de faire peur aux muses.

Aucun commentaire: