L'enfer, c'est les autres...
J'écris les derniers mots du courriel, et je sais pertinemment que c'est une nouvelle que je n'ai pas le goût de lui dire que je lui envoie. Je me relis, afin de ne pas laisser trop d'erreurs gisantes dans mon mot; question d'enlever au moins les coquilles, ces équivalents de pustules pour un texte. Ça ne fait rien: j'ai l'impression d'envoyer une lettre pestiférée, comme tant d'autres auparavant.
Je presse sur Enter et soupire.
Fantasmant, je me déporte devant le tribunal d'une raison irrationnelle, celle qui suppure de pathos. J'entends les membres du juré - dont celui à qui j'envoie la nouvelle - me dire que j'ai changé, que je ne suis plus comme avant. Je les imagine me pointer du doigt et laisser échapper un «comme d'habitude» chargé d'exaspération, de dépit et d'amertume. Mon problème, c'est qu'ils auraient raison de le faire, de le dire, de me juger. Ou bien est-ce encore ma raison irraisonnée qui me fait écrire, me fait parler?
Dans une lubie autodestructrice, je m'imagine m'ouvrir les tripes pour exposer les racines de mon mal, pour laisser mes viscères choir sur le pavé, les laisser en pâture à la vermine. Mais la malfaçon est trop ancrée, l'esprit est trop faux, exagérément vicié pour que le phantasme soulage. Celui-ci ne fait que donner davantage de force au tribunal. Il le nourrit de mépris.
En bon petit martyr, j'attends sa réponse au courriel et me morfonds dans les tréfonds de mon imagination.
L'amertume des autres est un poison bien plus efficace que le plus fort des arsenics. Surtout quand il est imaginé. Celui-ci corrode l'âme comme un acide, l'envahit comme un cancer.
«L'enfer, c'est les autres» qu'il écrivit...

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