mercredi 6 juin 2007

Mon erreur la plus coûteuse

Je me suis levé avec une certitude ce matin. J’ai empoigné un des nombreux livres de philosophie jonchant les étages de ma bibliothèque et j’ai réalisé que je n’aimais pas vraiment ça (outre un auteur, un bouquin par-ci, par-là), que j’avais fait un baccalauréat sans conviction profonde et que trois années, et même plus, de ma vie se résumaient - professionnellement s’entend - à des grenailles.

Et toutes ces réalisations pour la modique somme de plus ou moins 15 000$ (20 000$ avec les intérêts).

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Un agent statistique pour le compte du ministère de l’Éducation m’a rejoint dimanche soir. Il enquêtait auprès des diplômés en philosophie.

À la question «Est-ce que votre présent emploi possède un quelconque lien avec votre formation académique ?», j’ai répondu placidement «plus ou moins». Disons que je travaille avec des bouquins. Le lien est ténu, mais il existe in extenso.

À la question «Quel était votre taux horaire au mois de janvier dernier», j’ai répondu «X,20$». L’homme à l’autre bout du fil, m’ayant mal compris, me demande «20$ de l’heure ?». Je corrige : «Non, non. I Wish ! X piastres et vingt cennes de l’heure». Le gars laisse échapper un «Aaaahhhhh…» avec trois petits points qui prennent le temps et le sens de cent points de suspension. J’ai presque entendu son silence pouffer de rire. Lui devait gagner pas mal plus à me demander cette question.

Mais à la question «Est-ce par choix ?», j’ai répondu d’abord non. Je ne voulais pas vraiment me l’avouer. Puis je me suis ravisé pour finalement me rendre compte que, dans le fond, oui c’était par choix.

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Quelqu’un - plusieurs personnes en fait – m’ont laissé entendre que ce n’était pas perdu, que c’était de la culture personnelle. Dans le fond, c’est un peu vrai. Mais je m’en fou. 15 000 $ (20 000$ avec les intérêts) c’est beaucoup de culture personnelle hypothéquée pour l’avenir. C’est beaucoup de choses de la vie hypothéquée en général. C’est par exemple ; une hypothèque hypothéquée ; un voyage en Europe hypothéqué (culture ! Culture !); un régime d’épargne études pour mon enfant-à-venir hypothéqué ; une voiture (hybride of course) hypothéquée ; plein de concerts, bouquins, disques, visites au musée, hypothéqués (encore de la culture)…

Tout ça pour pouvoir dire que je me suis tapé Être et temps d’Heidegger et comprendre d’obscures blagues sur le cartésianisme (ma préférée étant: c't'une fois Descartes qui descend dans un bar. Il prend une bière, deux bières, trois bières. La troisième terminée, le barman s'approche et demande à René «Vas-tu en prendre une autre?». Descartes réfléchit un peu et répond «Mmmm... J'pense pas». On ne le revit plus jamais)

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C’est mon erreur la plus coûteuse.

Au moins, je n’ai pas l’impression d’être le seul à l’avoir fait.

5 commentaires:

Anonyme a dit...

Salut Martin !
Heureuse de savoir que la grossesse de Daphnée se passe bien ^^ !
Je profite de ce petit espace pour t'exposer brièvement une autre perspective à tes interrogations. (Mautadit que c'est plate qu'on ait pas eu plus de temps l'autre fois au Second Cup)
Tu me donnera une taloche si je me trompe mais j'ai l'impression que ton questionnement tourne autour du temps qui passe et de celui qu'on a perdu... Comme si t'avais une impression intense que t'as gâché quelque chose pis que tu peux plus revenir en arrière. J'avoue que ça m'arrive aussi souvent d'avoir ce genre de sentiment qui me tarabusque. Ai-je fait les bons choix ? J'ai parfois de la difficulté à assumer de n'être que rendue en première année de maîtrise à 26 ans... J'ai comme un espèce de voix amère qui me sussure que j'ai gâché ma vie ou du moins une partie de celle-ci. Sentence fatale et péremptoire. Mais à d'autres moments je réalise que ce sont ces choix qui font ce que je suis maintenant et qui m'ont offert les opportunités d'aujourd'hui. Je ne peux pas prétendre savoir tes motivations premières, mais pour moi, quand j'ai su que tu allait en philosophie ça allait de soi. Pas pour devenir prof, pas pour devenir péteux de broue de cafés philo. Non parce que ça semblait être un moyen pour le Martin de l'époque d'épancher sa soif spirituelle. Tu t'es rendu compte que c'était pas la bonne voie ? Et alors ? Peut être avais-tu besoin de cette expérience pour t'en rendre compte. En Histoire, les professeurs ne cessent de nous mettre en garde contre les pièges de la téléologie*, mais c'est un peu ce que tu fais ici semble-t-il. Si tu l'as fait, si tu as persévéré c'est que cela t'apportait quelque chose. Si ce n'est du plaisir, au moins la maturité qui te permet d'envisager maintenant ta future condition de père. J'avoue que c'est cher payé mais contrairement aux autres je te dis pas que c'est de la culture personnelle. C'est pas un bien de consommation ces années passées en philo. C'est pas comme si t'avais acheté un V.U. pis que tu t'étais rendu compte que c'était de la vrai scrap ! C'est sur que c'est pas non plus ce qui te permet de mettre du beurre dans tes épinards. Mais ca été peut être un moment clé de ta vie et qui t'as forgé tel que tu es maintenant. Qui t'as permis de cheminer, d'affiner ton raisonnement (pas académiquement on s'entend. En cela ce ne sera jamais une erreur. Par contre, en ce qui concerne le fric c'est ce qui est le plus dur. Et c'est aussi ce qui me révolte le plus. Le fait qu'au Québec si t'es pas fils de riche tu rentres dans le monde actif en étant déjà sous hypothèque. Méchant cadeau à la vie ! Je trouve que celui qui a fait l'erreur dans toute cette histoire c'est pas toi mais plutôt cette société civile qui conditionne financièrement l'accès au savoir.

Erf... je vais pas partir sur se sujet là... Numero uno : je vais m'enflammer. Numero due : 3h du matin ça commence à être dur de pas trop faire de fautes d'orthograff... d'orthopgr... d'orthogaphe... de fautes quoi !
-_-°
et aussi d'organiser mes idées.

Je t'embrasse trèèèèès trèèèès fort ainsi que Daphnée et la p'tite pousse.

Naomi-qui-est-loin


*Téléologie : aborder un évènement sous le prisme de sa finalité -> Par exemple, les relations américano-soviétiques des années 50 en sachant que le mur de Berlin allait tomber).

Karbo a dit...

Le mot erreur est peut-être trop fort.

Je sais bien qu'il est rationnel de voir, retrospectivement, l'erreur faite comme un passage obligé vers l'état dans lequel nous vivotons au moment présent, comme une partie de notre cheminement expliqué.

Je découvre de plus belles vérités dans les arts, la littérature et la musique, dans le sourire des gens, j'ai trouvé plus de vérités dans mes cinqs jours passés à New-York, que dans les hautes tours byzantines, baroques, rococos, penchées de la littérature philosophique.

Et, de toute façon, je n'ai jamais dit que c'était mal de faire des erreurs. S'il n'y avait pas d'erreurs, il n'y aurait peut-être pas de réussites non plus! Mais il ne faut pas avoir peur de nommer erreur ce que l'on considère une erreur.

C'est peut-être de ne jamais s'en rendre compte qui est une véritable Erreur.

Et pour le cash... Ben c'est rien que du cash!

Myriam ou Vincent a dit...

Je comprends. C'est pas avec un bacc en histoire de l'art non plus qu'on se dit en sortant: ça y est, mon avenir est enclenché et ça va débouler. C'est plutôt du type: ouais ben, let's go, trouves une job qui paye la base et survit. Et si t'es pas sur le chômage ou en recherche de job depuis 6 mois, t'es pas éligible à aucune subvention salariale du gouvernement, donc les jobs dans ton domaine sont barrées. Alors tu travailles chez Renaud-Bray, pis tu fais ce que tu peux parce que t'aimes pas ça, mais ça paye le loyer. Mais en même temps, ces études là, les tiennes comme les miennes, sont pas perdues. C'est quelque chose qu'on ne pourra jamais m'enlever. Bien sûr, je me demande des fois ce que je fous avec ça. Tu me diras: oui, c'est facile toi, tu sais que tu vas en enseignement maintenant alors le chemin se trace et c'est un peu vrai. Mais je dois me perfectionner et continuer à la maîtrise, essayer d'en savoir toujours plus pour être à l'affût de tout ce qui se passe, et tout ça à mes frais. Mais je suis fière quand même. Fière de ne pas avoir baissé les bras et de me dire que mes études, même si elles servent crissement pas en ce moment, m'ont permis de me dire que je ne voudrais pas finir dans une tour à bureau de la place Ville-Marie, ni du complexe
Desjardins. De me lever le matin et d'avoir une refléxion, d'avoir un moyen d'articuler mes pensées. Personnellement, je refuse de dire que c'est perdu. Même si j'aurais pu aussi forger ma culture personnelle en voyageant, en achetant des bouquins. Bien sûr, la réfléxion doit être très différente lorsque l'on sait qu'un enfant s'en vient et qu'on souhaite lui offrir ce qu'il y a de mieux et que cet enfant là ne verra pas la différence entre un papa qui a un bacc en philo et un papa qui n'en a pas, du moins pas pour l'instant. Mais tout ça aura un impact et ça a probablement eu un impact aussi pour tes décisions, pour ta vie comme elle est maintenant. Tout est lié. Alors je sais que c'est très personnel comme réflexion ce que tu as écris là, mais je crois que tes études et ton cheminement comme tu l'as fait, font de toi la personne que tu es maintenant et c'est à dire, Daphné incluse, les personnes les plus gentilles et intelligentes que je connaisse. Et ça, ça ne s'appelle pas une erreur coûteuse, mais une chance inouie... ;0) on se voit en fds! hehe

Karbo a dit...

Vous savez, il y a des matins où on se lève «la tête dans le cul» et j'ai écris ce billet dans cet état d'âme...

Vous savez, depuis la réception de mon diplôme, je n'ai pas lu un seul livre de philosophie? C'est donc en me levant ce sus-mentionné matin que j'ai empoigné mon courage à deux mains et que je me suis soliloqué que je devrais m'y remettre, à la philosophie. Ben v'là ti pas qu'une vérité grosse comme un truck plein de fruits se balance dans ma figure: j'en ai rien à foutre, ou presque...

Ben voilà l'origine de ce pamphlet: 15 000$ plus tard, j'en ai rien à foutre. Je me suis vautré dans l'illusion que j'en avais à foutre, mais j'en ai pratiquement rien à foutre.

C'est un peu comme si j'avais mangé de la poutine pendant trois ans non-stop pour 15 000$, sans me rendre compte que dans le fond, je n'aime pas totalement ça. Disons que j'aurais pu en manger pour 5 000 $ pis j'aurais été rassasié quand même!

C'est pas un big deal, c'est juste une prise de conscience. Rien de plus.

Je vais en manger encore de la poutine dans l'avenir. J'en aurais juste manger un peu moins dans le passé.

Sur ce,

ciao

Anonyme a dit...

Je suis plutôt d'accord, mais imagine désormais une situation plus proche de la mienne et regarde laquelle te semble avoir été la plus trompeuse.

J'ai investi moi aussi un montant assez considérable dans les études, notamment les études supérieures qui je croyais allaient m'offrir non seulement une connaissance certaine, mais aussi un EMPLOI certain!

Ce choix me semblait donc rationnel: un "bon" diplôme, un bon emploi et en bonus, un savoir intéressant.

J'ai choisi les relations industrielles, à mi-chemin entre les sciences humaines et les sciences administratives. Quel merveilleux compromis.

Les risques sont moindres à jouer "noir ou rouge", on se dit que faute de décupler sa mise, on devrait à tout le moins la voir s'égaler.

Mais voilà, j'aurais dû être plus courageux, car il me semble avoir troqué un savoir plus intéressant pour une job elle intéressante et dans mon domaine... qui n'est toujours pas "vraiment" venue!!!

Quoi que...

J'en suis heureux! Frustré (un peu tout de même, mais c'est passagé!), mais heureux pour une multitude de raisons!

J'aime désormais les relations industrielles autant sinon plus que toutes autres matières. Voilà de un.

De deux, et ben, je me rends compte à la fois que malgré les "spécificités" d'une matière ou d'une autre, nos connaissances sont peut-être elles aussi spécifiques, mais nos COMPÉTENCES, nos bases intellectuelles tirées des études, elles, sont génériques!

En somme, grâce aux relations industrielles, je comprends et apprécie mieux aujourd'hui la philosophie, la psychologie, la sociologie, la politique, voire même l'art et toutes ces autres matières que je n'ai en fait qu'effleuré par le passé...

Bref, je pense donc que les études, quelles qu'elles soient permettent plus que tout autre chose l'établissement d'un cadre de référence mental... et ça à mon sens demeure ce qu'il y a de plus précieux.

Ces 15 000 $ dépensé en philo feront donc de toi, j'en suis certain, un meilleur papa!!! :)

...j'espère que ça t'aidera aussi moralement à payer tes prochains paiements pour remboursement de prêts étudiants :)

Ciao!