jeudi 31 mai 2007

Mon dépanneur

Après avoir monté les deux marches de béton, j’ouvre la porte de verre doublée d’une grosse grille de fer noir. Cette porte vitrée est couverte d’autocollants qui laissent savoir qu’à ce dépanneur : on accepte Interac ; on vend de la Molson Dry à 12.99$ la caisse de 12 ; qu’on y distribue les différentes lotos ; que le paquet de cigarettes Peter Jackson est pas plus ni moins cher qu’ailleurs ; que La Presse se vend là… Moult autres particularités propre à l’entreprenariat du dépanneur de quartier sont annoncées sur cette réclame de silice.

Dès le pas de la porte, on comprend qu’on n’entre pas dans un Couche-Tard aseptisé ni dans un dépanneur hyperbranché. Le plancher est un revêtement de plastique gris, brunâtre par endroit. Le rack à revue est en 2x4 peinturés en blanc cloués au mur. Les bonbons à l’unité dorment dans de petits bocaux de Dollarama. Certains produits sont décolorés parce qu’ils trônent là depuis des lustres. Tout est plus cher. Dans certains cas, pas beaucoup plus cher ; dans la majorité des autres, c’est outrageux (4$ pour un litre de jus Oasis ? Idem pour 4 rouleaux de papier-cul cheap?).

La majorité des clients s’achètent de la bière pis des cigarettes, tandis que le livreur de la place en grille une devant l’entrée. Il te salut parce que tu viens souvent pis qu’il est toujours là. Une fois entré dans le dépanneur, c’est un petit couple d’asiatiques – des Vietnamiens, je présume – qui vous accueille de derrière le comptoir. Le dépanneur est à eux. Ils y sont toute la semaine, ou presque, et tout le long des journées.

Ils ont presque toujours un sourire dans la face. Ils m’offrent toujours un sac même si j’en prends jamais. Ils me disent « des bonbons ?» avec leur accent lorsque j’entre dans le dépanneur parce que j’en achète parfois (souvent).

C’est un dépanneur typiquement montréalais, mais je ne l’échangerais contre aucun autre dépanneur.

samedi 26 mai 2007

Parc Safari

Le zèbre punk s’approche subrepticement de la voiture par la droite, hors de mon champ de vision. Mon regard porte sur la petite vache qui se tient à notre gauche, occupée à manger dans la main de ma belle-mère. Dans notre vie de nord américain, c’est toujours un peu troublant de se tourner pour voir une tête de zèbre se pencher dans l’habitacle de la voiture dans laquelle nous prenons place. C’est ce qui m’est arrivé aujourd’hui au Parc Safari. Un bel endroit, avec de beaux animaux.
Et un zèbre punk.

jeudi 24 mai 2007

Avant dodo

De petits rituels s’installent doucement dans notre nouvelle vie : une nouvelle ponctuation pour une nouvelle donne.

Elle se couche maintenant sur le dos, le ventre s’interdisant un peu plus à tous les jours. Parfois, nous plaçons des écouteurs sur son bedon assoiffé d’expansionnisme, laissant jouer des musiques que nous (je) voulons (veux) formatrices. Parfois, je parle un peu à son nombril, question d’établir une relation. Parfois, c’est en silence que je touche son ventre.

Par contre, à tous les soirs, je m’installe pour lire un peu. Juste quelques pages. Pour la forme. C’est ainsi depuis des lustres.

À tous les soirs, elle lui chante une berceuse. Juste une petite. Pour le plaisir. C’est ainsi depuis peu, quelques mois à peine.

Il y a quelques soirées de cela, alors que je m’installais pour lire – rien de moins qu’à la lampe de poche, à l’instar des enfants pour se cacher des parents – nous avons eu un de ces petits moments de silence et de touche-bedaine. Un petit moment à nous deux (nous trois ?) dans une pénombre de camp de vacances.

En simultané :

- Hey ! lança-t-elle.
(Micro frissonnement de la bedaine susmentionnée)

C’était lui. La minuscule bosse qui était apparue à la surface du corps de ma conjointe, c’était lui. Un infinitésimal soubresaut ; pas de quoi faire frémir l’aiguille d’un sismographe, mais quelque chose à faire frémir mes entrailles.

C’était une quelconque partie de son corps qui avait décoché ce trait. Je m’amuse à penser que cette soirée-là, c’était sa main. Je m’amuse à me dire que cette soirée-là, j’ai fait le premier high five avec mon enfant…

lundi 21 mai 2007

Lu quelque part...

Pour le plaisir de partager une petite citation:

«L'école est en fait «le seul lieu où la lutte peut être menée contre les privilèges hérités [...] Ce qui est élististe, ce n'est pas de réussir, c'est d'y être aidé par la naissance. Le beau mot d'égalité signifie cela: offrir au plus grand nombre la possibilité d'exceller.»

Lu dans: Thomas De Koninck, La crise de l'éducation, cité à partir de Danièle Sallenave, Lettres mortes.

Par un matin...

Ça sent l’hôpital. Normal : nous sommes dans un hôpital. La salle se trouve dans une semi-obscurité, les lumières contrôlées par un rhéostat mis au minimum. C’est une salle exigüe et le peu d’espace disponible est occupé par une panoplie du pas-possible : un grand bureau, une grande chaise médicale, deux écrans noir et blanc ; deux consoles garnies de boutons, de commutateurs, d’interrupteurs, de lumières LED vertes, etc. J’ai un peu l’impression de me trouver dans une scène d’un film des Monty Pythons, avec «the machine that goes ping !» dans «the Foetus Frightening Room». C’est un peu surréel.

Nous sommes excités et c’était à prévoir face à l’ampleur subtile de la chose : nous avons rendez-vous avec notre futur. Nous sommes sur le point de recevoir une carte postale, une petite dose de réalité. Toute l’expérience était à ce jour si abstraite pour moi.

Jusque là, tout va bien. Ma fiancée se retrouve sur le dos, couchée, le bras droit derrière la tête et le gilet remonté, laissant poindre sa petite bedaine maintenant couverte de gel. La technicienne (ou infirmière ? ou docteur ?) saisit une petite sonde, appuie sur quelques boutons, vérifie quelques indicateurs et dirige la sonde vers le bas-ventre de ma conjointe.

Contact. Les ondes sonores sont projetées de la sonde par un mécanisme complexe que je ne m’explique pas. Elles se dirigent vers l’invisible, caché à nos yeux par la chair, les fluides et la vie qui maintient tout en place. Microsecondes. L’espace interstitiel est comblé momentanément par ces ondes sonores qui explorent. Elles touchent finalement leur but, sont reflétées, et retournent à leur source, chargées de précieuses informations. Captation. Les ondes sonores deviennent courant électrique, sont transmises par le câble à la machine. Traitement. Décortication. Retransmission. Mise en image.

L’invisible est rendu visible, le caché est mis à jour, l’indicible peut être exprimé : c’est un bébé.

La technicienne (ou infirmière ? ou docteur ?) commence son étude du sujet, du patient. Elle tâte, déplace sa sonde, tente de voir ce qu’elle doit voir. Pour nous, c’est une conversion immédiate, une expérience quasi-religieuse, un moment extatique. Toutes les philosophies les plus pointues deviennent soudainement émoussées, barbares presque ; tout se résume à cette vie que nous avons reproduite.

Mais qu’est-ce qu’elle fout ?!?? Elle donne des coups au ventre de ma conjointe!

Mini-crise schizophrénique :

Cœur : Mais quoi !?! Qu’est-ce qu’elle lui veut au bébé !
Raison : Elle veut le faire bouger pour mieux voir…
Cœur : Non mais !... Elle va lui faire mal !
Raison : Il n’y a pas de problème ; c’est fait fort, ces petites choses…
Cœur : Tiens il vient de bouger. Il n’aime pas ça !
Raison : C’est une professionnelle. Elle sait ce qu’elle fait…
Cœur :
Raison : Tu vois, y a rien là.

Pas né encore, et je m’en fais déjà. Ça va être beau à l’adolescence…

Pas né encore, mais déjà parent.

samedi 19 mai 2007

Un nouvel espace

Un nouveau blogue. Pourquoi Karbo? Pourquoi?

Pourquoi un blogue en premier lieu? Est-ce du narcissisme? Est-ce par amour des mots? Est-ce pour satisfaire son égo? Pour le montrer aux autres?

C'est un peu de tout ça, mais c'est surtout parce que parfois, j'ai un peu besoin d'organiser mon chaos...